Abydos et Dendérah depuis Louxor : guide de l’excursion
À une heure et demie de route au nord de Louxor, puis à trois heures, se cachent deux des temples les mieux conservés d’Égypte. À Abydos, les reliefs du temple de Séthi Ier ont gardé leurs couleurs depuis plus de 3 000 ans. À Dendérah, le temple d’Hathor a encore son toit, ses escaliers et ses cryptes, et son plafond bleu nuit a retrouvé ses étoiles. Pourtant, on y croise beaucoup moins de monde qu’à Karnak. La contrepartie, c’est une longue journée de route. Voici comment l’organiser, et pourquoi elle vaut le coup.
Les prix de cet article sont en livres égyptiennes (EGP). En septembre 2026, 1 € valait environ 59 EGP : 100 EGP font donc à peu près 1,70 €.
Abydos et Dendérah, c’est où ?
Les deux temples se trouvent en Haute-Égypte, au nord de Louxor, là où le Nil dessine une grande boucle autour de la ville de Qena. Dendérah est le plus proche : 77 km de Louxor, sur la rive ouest, juste en face de Qena. Abydos est bien plus loin, à environ 170 km, posé à la lisière du désert près de Nag Hammadi et d’El Balyana.
Les croisières classiques entre Louxor et Assouan partent vers le sud et ne passent ni par l’un ni par l’autre. À part quelques croisières plus longues qui remontent jusqu’à Dendérah, la plupart des visiteurs viennent donc en excursion d’une journée depuis Louxor. C’est une des raisons pour lesquelles ces deux temples sont restés si calmes. Si vous hésitez encore sur votre bateau, notre article sur la croisière sur le Nil entre Louxor et Assouan vous aidera à choisir.
Pourquoi faire la route jusqu’à ces deux temples ?
Parce qu’ils montrent ce que les grands sites de Louxor ne montrent plus vraiment : des temples presque entiers, avec leurs plafonds, leurs couleurs et leurs recoins, et le temps de les regarder sans être poussé par un groupe.
Les deux se complètent aussi très bien. Abydos, c’est l’Égypte des pharaons à son sommet, sous la XIXe dynastie, avec des reliefs d’une finesse qu’on ne retrouve presque nulle part ailleurs. Dendérah a été construit environ 1 200 ans plus tard, à l’époque de Cléopâtre et des empereurs romains, et c’est probablement le temple le plus complet du pays : on peut encore descendre dans ses cryptes et monter sur son toit. Les deux temples le même jour, c’est un raccourci saisissant de toute l’histoire égyptienne.
Soyons honnêtes : si vous n’avez que deux ou trois jours à Louxor, ce n’est pas la priorité. Commencez par Karnak et le temple de Louxor, puis la Vallée des Rois. À partir du quatrième jour, en revanche, c’est souvent la journée dont les voyageurs parlent le plus en rentrant.
Abydos : le temple de Séthi Ier
La ville sacrée d’Osiris
Pour les anciens Égyptiens, Abydos n’était pas un site parmi d’autres. C’était la ville d’Osiris, le dieu des morts, celui qui avait été tué par son frère Seth puis ramené à la vie. Selon la tradition, son tombeau se trouvait ici, et pendant plus de deux mille ans, les Égyptiens ont rêvé d’y être enterrés, ou au moins d’y laisser une stèle pour profiter de la protection du dieu.
Le lieu est encore plus ancien que ce culte. Dans le désert juste derrière le temple, à Umm el-Qa’ab, reposent les rois des toutes premières dynasties, vers 3000 av. J.-C. Plus tard, les Égyptiens ont fini par prendre la tombe de l’un d’eux pour celle d’Osiris lui-même.
Le temple qu’on visite aujourd’hui a été lancé par Séthi Ier, vers 1290 av. J.-C. Il est mort avant la fin du chantier, et c’est son fils, le futur Ramsès II, qui l’a terminé. On le voit d’ailleurs sur les murs, et c’est un petit jeu amusant pendant la visite : les reliefs de Séthi sont sculptés en relief levé, avec une finesse incroyable, tandis que ceux ajoutés par Ramsès sont gravés en creux, plus rapidement et plus grossièrement.

Que voir à Abydos ?
Les deux premières cours sont en ruine, et la visite commence vraiment dans la première salle hypostyle, décorée sous Ramsès II. C’est dans la seconde, celle de Séthi, que les reliefs deviennent exceptionnels : visages, mains, bijoux et hiéroglyphes y sont d’une précision rare, et on distingue encore des couleurs à beaucoup d’endroits.
Les sept chapelles
Au fond de la salle, sept chapelles s’alignent côte à côte, un plan qu’on ne trouve dans aucun autre temple. Six sont dédiées à des dieux (Osiris, Isis, Horus, Amon-Rê, Rê-Horakhty et Ptah), la septième à Séthi lui-même, divinisé. Leurs plafonds sculptés en forme de voûte et leurs peintures sont parmi les plus beaux de toute l’Égypte.
La liste royale d’Abydos
Dans un couloir à gauche de la salle, Séthi et le jeune Ramsès rendent hommage à leurs prédécesseurs : 76 pharaons, depuis Ménès, le fondateur légendaire de l’Égypte, alignés dans des cartouches. C’est une des sources les plus précieuses des égyptologues pour reconstituer l’ordre des rois. Et elle est intéressante autant pour ceux qu’elle cite que pour ceux qu’elle oublie : ni Hatchepsout, la femme pharaon dont vous avez peut-être vu le temple à Deir el-Bahari, ni Akhenaton, ni Toutânkhamon n’y figurent. Ils ont été effacés de la mémoire officielle.

Les « hiéroglyphes hélicoptère »
Sur une poutre de la première salle, certains croient voir un hélicoptère, un sous-marin et un avion. L’image a fait le tour d’internet, et les guides locaux la montrent volontiers. L’explication des égyptologues est beaucoup plus simple : les titres de Séthi Ier ont été regravés au nom de Ramsès II, et l’enduit qui masquait les premiers signes est tombé. Les deux inscriptions superposées créent ces formes étranges.
L’Osiréion
Derrière le temple, en contrebas, se trouve un monument à part : de gros piliers de granit rose, une atmosphère presque souterraine, et souvent de l’eau au fond, remontée de la nappe phréatique. C’est un cénotaphe, un tombeau symbolique dédié à Osiris, construit à la même époque que le temple. Son style massif, très différent du reste, alimente lui aussi beaucoup de théories.

Le temple de Ramsès II
À quelques centaines de mètres, le temple que Ramsès II s’est fait construire pour lui-même a perdu son toit et le haut de ses murs, mais les reliefs qui restent ont gardé des couleurs très vives. On y est souvent seul. Selon les périodes, il peut demander un billet séparé : renseignez-vous au guichet.

Infos de visite à Abydos
- Prix : environ 260 à 300 EGP (moins de 5 €), tarif régulièrement revu à la hausse. Vérifiez le prix du moment sur le site officiel du ministère, egymonuments.gov.eg.
- Horaires : en général de 8 h à 17 h, avec une fermeture un peu plus tôt en hiver.
- Temps de visite : 1 h 30 pour le temple de Séthi et l’Osiréion, 2 h avec le temple de Ramsès II.
- Sur place : quelques cafés et échoppes à l’entrée du site, dans le village d’El Araba el Madfuna.
Dendérah : le temple d’Hathor
Un temple de l’époque de Cléopâtre
Dendérah est le domaine d’Hathor, la déesse de l’amour, de la musique, de la joie et de la maternité, qu’on reconnaît à ses oreilles de vache. Le lieu est sacré depuis l’Ancien Empire, mais le temple actuel a été commencé vers 54 av. J.-C. sous Ptolémée XII, le père de Cléopâtre, puis décoré pendant plus d’un siècle sous les empereurs romains. C’est un temple égyptien construit par des rois grecs et des empereurs romains, qui continuaient à se faire représenter en pharaons.
Sur le mur extérieur, à l’arrière du temple, se trouve d’ailleurs l’une des rares représentations de Cléopâtre VII, accompagnée de Césarion, le fils qu’elle a eu avec Jules César. N’espérez pas le visage des films : elle est sculptée dans le style égyptien le plus classique, de profil, en train de faire des offrandes aux dieux.
Chaque année, la statue d’Hathor quittait Dendérah en bateau et remontait le Nil pendant plusieurs jours pour retrouver son époux, Horus, dans son temple d’Edfou. C’était la « fête de la Bonne Rencontre », l’une des plus grandes célébrations de la vallée. Si vous avez déjà vu le temple d’Edfou, vous visitez ici l’autre moitié de l’histoire.

Que voir à Dendérah ?
La salle hypostyle
C’est le choc de la visite. Vingt-quatre colonnes massives, couronnées de visages d’Hathor (martelés pour la plupart par les premiers chrétiens), soutiennent un plafond couvert de scènes astronomiques : la déesse Nout qui avale le soleil le soir et le remet au monde le matin, les heures de la nuit, les constellations. Longtemps noirci par la suie, ce plafond a été nettoyé ces dernières années, et ses bleus et ses jaunes ont retrouvé un éclat surprenant.

Les cryptes
Dans l’épaisseur des murs, des couloirs étroits et bas servaient à cacher les objets de culte les plus précieux. On y descend par une trappe, souvent avec l’aide d’un gardien. Les reliefs y sont intacts, dont les fameuses « ampoules de Dendérah » : une grande forme ovale d’où sort un serpent, que certains prennent pour une lampe électrique antique. Les égyptologues y lisent une scène de création du monde : une fleur de lotus d’où naît un serpent, symbole du dieu solaire.
Les escaliers et le toit
Deux escaliers montent vers le toit, et leurs murs racontent en relief la grande procession du Nouvel An, quand les prêtres portaient la statue d’Hathor au soleil levant. En haut, deux petites chapelles dédiées à Osiris et une vue dégagée sur tout le complexe, les palmiers et les champs. C’est aussi là que se trouve le zodiaque.

Autour du temple
Le site ne se limite pas au bâtiment principal : un mammisi (la « maison de naissance » où l’on célébrait la naissance divine), les ruines d’un sanatorium où les pèlerins venaient chercher la guérison, les restes d’une basilique copte, et le lac sacré, aujourd’hui asséché et planté de palmiers. Derrière le temple d’Hathor, un petit temple d’Isis complète la visite.
Le zodiaque de Dendérah, du temple au Louvre
Au plafond d’une des chapelles du toit se trouve une pièce unique : la seule carte complète et circulaire du ciel qu’ait laissée l’Égypte ancienne. On y voit les constellations égyptiennes mêlées aux signes du zodiaque venus du monde grec, le Bélier, le Taureau ou le Scorpion. Les astronomes ont pu le dater avec précision, grâce à la position des planètes qui y figure : il a été réalisé vers 50 av. J.-C.
Mais ce que vous verrez sur place est une copie en plâtre. L’original a été découpé dans le plafond au début des années 1820, sur commande d’un collectionneur français, non sans abîmer la chapelle au passage. Rapporté à Paris, acheté par le roi Louis XVIII, il a d’abord été exposé à la Bibliothèque royale. À l’époque, son âge a déclenché une vraie querelle : certains le croyaient vieux de plusieurs millénaires, avant que Champollion ne montre qu’il datait de l’époque gréco-romaine. Il est au Louvre depuis 1922, dans le département des Antiquités égyptiennes.
Autrement dit, si vous voulez voir le vrai zodiaque de Dendérah, c’est à Paris qu’il faut aller. Et après avoir vu la chapelle vide dont il a été arraché, on ne le regarde plus tout à fait de la même façon.

Infos de visite à Dendérah
- Prix : environ 300 EGP (5 €). Là aussi, vérifiez le tarif du moment sur egymonuments.gov.eg.
- Horaires : en général de 7 h ou 8 h à 16 h ou 17 h selon la saison. Si vous arrivez l’après-midi, ne traînez pas en route.
- Temps de visite : 2 h pour le temple, le toit, une crypte et les bâtiments autour.
- Accès à certaines zones : le toit et les cryptes peuvent demander un petit supplément selon les périodes.
Comment organiser l’excursion depuis Louxor ?
Les deux temples se font sans problème dans la même journée, à condition de partir tôt. La règle d’or : commencer par Abydos, le plus éloigné, pour y arriver avant la chaleur et les rares groupes, puis s’arrêter à Dendérah sur le chemin du retour. Comptez 10 à 11 heures au total, dont environ 6 heures de route.
Excursion organisée, chauffeur privé ou croisière ?
Il n’existe pas de transport public pratique pour faire les deux temples dans la journée. Trois solutions s’offrent à vous.
Pour la plupart des voyageurs, le meilleur compromis est le chauffeur privé, réservé via votre hôtel à Louxor ou un contact recommandé, en ajoutant un guide si l’histoire vous intéresse vraiment : à Abydos surtout, les reliefs prennent une autre dimension quand quelqu’un vous les explique. Réservez au moins la veille : le chauffeur a besoin d’une copie de votre passeport pour déclarer le trajet.
Sur la route, attendez-vous à de nombreux contrôles de police, surtout entre Qena et Abydos. Ils sont rapides et font partie du voyage dans cette partie de l’Égypte. Gardez votre passeport à portée de main.
Quand faire l’excursion ?
La meilleure période va d’octobre à avril, comme pour tout le reste de la vallée du Nil. De mai à septembre, les températures dépassent régulièrement 40 °C l’après-midi, et une journée avec six heures de voiture et des temples en plein soleil devient une épreuve. Quelle que soit la saison, partez le plus tôt possible : l’heure de départ est ce qui fait la différence entre une belle journée et une course contre la fermeture de Dendérah.
Pendant le ramadan, les horaires d’ouverture des sites peuvent être raccourcis. Et si vous construisez encore votre voyage, notre itinéraire en Égypte de 7, 10 ou 15 jours vous aidera à trouver la bonne place pour cette journée.
Nos conseils pour la visite
- Prenez une lampe, ou au moins votre téléphone chargé : les chapelles d’Abydos et les cryptes de Dendérah sont sombres, et c’est là que se trouvent les plus beaux reliefs.
- Emportez carte bancaire et espèces. Beaucoup de sites égyptiens sont passés au paiement par carte, mais les petits guichets n’ont pas toujours un terminal qui fonctionne. Gardez aussi des petites coupures pour les pourboires.
- Méfiez-vous des visites « exclusives ». Des gardiens proposent parfois de vous ouvrir une salle fermée ou de vous montrer un détail caché contre un bakchich. Libre à vous d’accepter, mais fixez le montant avant.
- Prévoyez eau, chapeau et crème solaire, même en hiver : les cours et le toit de Dendérah sont en plein soleil.
- Photos : les smartphones sont autorisés sans supplément. Un appareil professionnel ou un trépied peuvent demander un permis.
- Tenue : rien d’obligatoire dans les temples, mais une tenue couvrant les épaules et les genoux est plus confortable dans les villages de la région, très traditionnels.
Pour le visa, l’argent, la santé et le reste des préparatifs, tout est dans notre article pour préparer son voyage en Égypte.
L’avis des Voyageries sur Abydos et Dendérah
Est-ce que ça vaut six heures de route ? Pour un premier séjour de trois jours à Louxor, probablement pas : Karnak, la Vallée des Rois et la rive ouest suffisent largement à remplir le programme. Mais si vous avez un jour de plus, et que les temples vous ont déjà un peu piqué, c’est une des plus belles journées qu’on puisse passer en Égypte.
Parce qu’à Abydos, on voit la sculpture égyptienne à son plus haut niveau, dans un temple où l’on entend encore ses pas. Parce qu’à Dendérah, on comprend enfin à quoi ressemblait un temple complet, du fond des cryptes jusqu’au toit. Et parce qu’en rentrant, il reste une dernière étape à faire : aller voir le vrai zodiaque au Louvre !
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